Nous terminons notre série d’articles sur la journée internationale des femmes en donnant la parole à la doyenne de nos sympathisants de notre section LDH de Béziers.
Henriette, tu es notre doyenne des sympathisantes de notre section LDH de Béziers, à travers ta longue vie et tes 92 printemps que t’inspire le combat des femmes et cette journée internationale des droits des femmes ?
J’ai eu la chance d’être élevée dans des familles modestes certes ou garçons et filles étaient sur un pied d’égalité : mêmes études à l’école de la république, généralement jusqu’au certificat d’études et ensuite un métier selon leurs aptitudes ; je n’ai jamais entendu ni propos sexistes ou racistes et toujours pères et maris avaient une attitude respectueuse envers leurs épouses ou leurs filles
Adulte et mariée dans un milieu ouvrier puis cadre moyen j’ai alors observé, entendu et découvert ce qui pour eux était une évidence : hommes et femmes ne sont pas sur un pied d’égalité « Pourquoi la fille ferait-elle des études et voudrait avoir un travail puisqu’elle est destinée au mariage ?». Ces propos étaient courants, ils m’ont été adressée. La femme voilà alors son rôle : bonne ménagère, bonne épouse, bonne mère, soumise, disponible, souriante. Cette situation était si fréquente que le chanteur poète Jean Ferrat a écrit et chanté un beau texte sur le sort de ces femmes « au foyer » « On ne voit pas passer le temps ».
Sous la pression et la mobilisation de nos féministes, les gouvernements adoptent des lois qui vont faire bouger les mentalités et bousculer les comportements machistes : divorce à l’amiable, suppression de l’autorisation du conjoint pour travailler et ouvrir son propre compte en banque, la contraception et l’ivg autorisées, ainsi que le congé parental.
Avec la mixité dans les écoles et lycées, l’ouverture des grandes écoles et tous les grands corps d’état aux femmes, celles-ci accèdent à tous les métiers (chefs d’orchestre, chirurgienne préfète chercheuse etc.). Avec le droit de vote obtenu en 1945 elles peuvent enfin se lancer en politique et accéder à des postes à responsabilité. Simone Veil en est un des exemples. Marie Curie fut la première femme à accéder à une chaire à la Sorbonne à la suite du décès de son mari Pierre, c’était en 1903.
Mais il y a parfois un monde « celui de la France d’en bas » ou les inégalités sont toujours présentes : manque d’argent, pas de diplômes, les femmes sont vouées aux travaux non gratifiants : caissières, vendeuses, aide –ménagères. Sous- payées, souvent humiliés voir violentées par des patrons ou chefs autoritaires. Inégalité de salaire aussi. Lorsque le chômage survient (ce qui est le cas ces dernières années) la pauvreté, la misère, des femmes couchent dans la rue et sont des proies faciles aux prédateurs. Quelques chiffres, 2 sur 5 des sans-abris sont des femmes et à Paris le chiffre atteint 33%. Quant à celles qui essayent de prendre une autre voie, cinéma, sports, danse, elles doivent souvent se soumettre aux diktats et pulsions de leur mentor pour espérer réussir. L’omerta a régné pendant des années mais enfin la parole s’est libérée. On sait tout maintenant sur les comportements masculins dans ces milieux.
Un point tout de même particulièrement positif dans la recherche de cette égalité :
De plus en plus d’hommes, souvent jeunes, demandent et se font pratiquer la vasectomie (stérilisation masculine) partage des risques pour le contrôle des naissances. On s’éloigne du discours des conjoints avant l’IVG « pas question d’un enfant, débrouilles –toi ».Malgré ces conquêtes, il reste en France quelques bastions, qui nous restent hermétiquement fermés, certaines religions : anglaises, protestantes (luthériennes) juives, bouddhistes accèdent maintenant au sacerdoce et hautes dignités pour les femmes, mais, pour les catholiques, musulmans, orthodoxes, les femmes ne sont que des fidèles qui se soumettent aux dogmes, bulles et interdits divers et variés.
Le 8 mars est la journée internationale des droits des femmes, pour moi, le mot « internationale » prend tout son sens : en effet si dans nos pays occidentaux nous tendons à l’égalité avec nos concitoyens, il y a sur notre planète des millions de femmes dont leur statut n’est ni reconnu, ni accepté, ni respecté. La malchance les a fait naitre dans des pays ou la dictature, la religion, les textes écrits mal interprétés ont force de loi et qui considèrent les femmes comme des sous-produits de l’humanité (n’est-ce pas la femme qui a péché et amené tous les maux sur terre ?)
Faire un constat est une chose, agir est mieux, mais comment ?
Avec notre bulletin de vote, nous pouvons faire pression auprès de nos gouvernements pour que les femmes qui arrivent à fuir ces pays soient bien accueillies, aidées dans leurs démarches, leur intégration et surtout pas de renvoi dans leur pays. Il est impératif que les instances internationales (ONU) interviennent auprès des dirigeants de ces pays, et nous, femmes plus libérées, montrer notre solidarité envers nos sœurs, iraniennes, pakistanaises et tant d’autres, soutenir activement les associations qui œuvrent pour les droits de l’homme : la Ligue des Droits de l’Homme, Amnesty international, les associations caritatives, enfin partout où nous pouvons faire entendre notre voix.
Cette journée internationale du 8 mars dédiée aux droits des femmes est une sorte de piqure de rappel : en effet pour ne pas nous faire oublier que rien n’est jamais acquis, tout peut être remis en question vite, très vite (on le voit dans des pays limitrophes de la France ou l’extrême droite a pris le pouvoir) la vigilance ne doit pas faiblir, qu’il nous faut réagir dès que démocratie, laïcité, mixité, liberté d’expression, de conscience, acquis sociaux sont menacés.
Quand les démocraties s’effondrent, quand le pouvoir religieux prend la place du politique, quand l’obscurantisme s’installe partout, ce sont les femmes les premières qui retournent dans l’ombre.
Henriette , sympathisante section LDH de Béziers